« Retour au blog Music de boudor

Boudor “LA PART DE LUMIERE” A l'affiche culturelle du Continental magazine n° 65 de novembre 2007

Boudor “LA PART DE LUMIERE” A l’affiche culturelle du Continental magazine n° 65 de novembre 2007

INTERVIEW DE BOUDOR



“LA PART DE LUMIERE”
A l'affiche culturelle du Continental magazine n° 65 de novembre 2007


A 31 ans,le rappeur camerounais Boudor signe son premier album solo « en faim... », plein de propos décapants et engagés.Choriste à l'église, l'enfant de Douala découvre le rap sur la chaîne de rap mtv en 1989 au Congo. De retour au Cameroun, il intègre une troupe de danseurs, les Thunders Boys. très vite, il se met à rapper sur des improvisations et s'affuble d'un pseudonyme, impro ice. il passe par divers groupes de Douala, change de pseudo et devient Boudor.
En 1996, lors des nuits du rap à Yaoundé, il intègre Negrissim', figure phare du rap Camer.
Le groupe au succès grandissant sort un album en 2000 et s'installe à Dakar deux ans plus tard.
En 2006, Boudor décide de poursuivre le chemin seul. Belle intuition. Il obtient le prix de l'intégration africaine aux hip hop awards de la même année.

Continental : d'où vient le nom de Boudor ?

Boudor : Dans mon quartier à Douala,un soir de plaine lune, je suis sorti prendre un bol d'air.Regardant le ciel, voyant la lune éclairer la nuit,je me suis demandé :
n'est-ce pas la vrai mission d'un artiste que d'apporter un peu de lumière ?

Le monde est tellement sombre ! Dans ma langue natale,la nuit se dit Boudou.
on dit aussi que l'or est le symbole de la lumière. Voilà comment est né ce « Boudor »
qui essaie d'apporter sa par de lumière dans ce onde obscure.

Continental : Pourquoi et comment le groupe Negrissim' s'est-il retrouvé à Dakar ?
Boudor : Au Cameroun,le rap est encore considéré comme une musique de voyous,
il n'y a pas plus d'une cinquantaine de groupes de rap produits. Par ailleurs, on n'arrêtait pas d'entendre dire que Dakar était la capitale du hip hop en Afrique. On a donc décidé, en 2001, de partir au Sénégal par la route. Arrivés au Burkina Faso,, nous n'avions plus d'argent . Tata Martine, une femme douala, qui tenait un restaurant à Ouagadougou , nous a accueillis pour un bon moment. Nous avons. Nous avons fait un concert avec le groupe Yeelen au centre culturel français ( CCF ) à l'occasion de la coupe d'Afrique des nations de football de 2002,
puis au Ouaga hip hop festival. Un jour, Paolo Pondi, guitariste de renom, est venu jouer au CCF de Ouagadougou : il appréciait bien Négrissim'. Il nous a présenté un producteur français
qui nous a fait venir à Dakar pour l'enregistrer un album. il devait sortir en France, mais du fait de désaccords, le projet n'a pas abouti.

Continental : Qu'est ce qui t'a poussé à quitté le groupe Négrissim' ?

Boudor : Pour vivre, les autres membres du groupe ( Sadrak, Sundjah, Evindi )
ont y trouvé du travail dans le télémarketing. Ces activités ont pris le dessus sur ce qui avait motivé notre départ du Cameroun. Moi je ne peux pas faire ce que je n'aime pas ! nous étions éparpillés aux quatre coins de la ville de Dakar, ça devenait difficile de se voir, de programmer nos répétitions...
Depuis notre départ du Cameroun, en 2001, nous n'avions sorti aucun album. Ma famille,
les amis au pays s'impatientaient, j'ai donc décidé de faire un album solo à Dakar.
Le CD de mon album vient de sortir au Sénégal et bientôt au Cameroun et dans d'autres pays
d'Afrique. Grâce au label optimist productions,une tournée européenne est déjà calée.

Continental : comment as-tu réalisé tes deux clips qui passent avec
succès à la radio- télévision sénégalaise ?

Boudor : Parmi les titres,il y avait Bana ba Nguéa ( les enfants de la rue en langue douala ). Aminata Kamara, qui travail à l'empire des enfants,une association qui leur vient en aide, a beaucoup aimé le morceau. Avec sa présidente Anta Mbow, elles m'ont proposé de réaliser un clip et de bénéficier de leur partenariat avec la RTS1. le second clip, petite s½ur,a été réalisé par Wolf-y, un rappeur Camerounais basé à Dakar.

Continental : A quoi attribuer l'immense succès de petite s½ur ?

Boudor : Le morceau raconte l'histoire d'une jeune fille qui scanne sa photo et la publie sur Internet dans un cybercafé pour trouver un mari blanc. En Afrique, c'est devenu une réalité de tous les jours. J'ai écris « petite s½ur » après avoir vu dans un cybercafé, à coté de moi, une jeune fille montrer son sein devant la webcam. Derrière l'écran, il y'avait un toubab ( un blanc en langue wolof. Ndlr ), qui fantasmait, j'ai été choqué ! les radios ont commencé à passer le titre,car la chanson parle aux gens. une femme m'a même dit que sa fille avait maintenant honte d'aller au cybercafé.

Continental : Au bas de la pochette de l'album, il est écrit :
« toute vérité est bonne a dire ».explication :
Boudor : On nous a appris que toute vérité n'est pas bonne à dire. Moi je trouve important de dire la vérité ! ici,je suis considéré comme un chanteur engagé parce que j'adore
des thèmes de société qui peuvent parfois déranger : les enfants des rues, la guerre ou le sida avec « deuxième carte d'identité », c'est-à-dire le préservatif,
et de lui donner autant d'importance que la première.

Continental : L'immigration clandestine était elle un thème que tu te devais d'aborder ?

Boudor : Oui ! la chanson prière pour ceux qui veulent partir parle de ces frères qui veulent toujours partir en Europe pour chercher l'argent. Je dis qu'il vaut mieux prier pour eux, plutôt que de les combattre avec des armes comme le font les européens.
L'immigration clandestine est un vrai problème qu'on se doit de résoudre ici en Afrique.
Les jeunes sont très influencés par les médias,par les clips de rap « américon »
et les séries étrangères .il y a une rééducation médiatique à faire, car trop meurent par manque d'informations. Beaucoup ne savent pas qu'une fois là-bas, ils vont être exploités, vont dormir dehors ou « flamber » dans un hôtel insalubre. Ils doivent comprendre que partir n'est pas la bonne solution.

L'état a un rôle à jouer dans cette éducation. Il faut combattre l'immigration clandestine
par l'amour et non par la guerre

Continental : Un autre thème qui te tient à c½ur : le modernisme.

penses-tu qu'il s'agit d'une menace pour l'Afrique ?

Boudor : L'Afrique est en train de se perdre. Au marché,les filles portent des strings apparents et les jeunes mettent des jeans. Le jean est américain, pas africain ! le boubou devient un habit de folklore, alors que nous avons nos modes,nos habits....pourquoi changer ?
L'Africain est un peu déboussolé. Il y a du béton partout,nos cases sont détruites.
Le monde moderne mange nos traditions. Pas mal d'artistes rêvent d'être comme un 50 cent... moi,j'ai arrêté de porter des marques,je porte le batik,je suis africain ! dans la musique aussi,
il faut faire des efforts : j'utilise des machines modernes, mais les rythmes rappellent l'Afrique.

Continental : Dans ton CD, il y a trois slams. Te considère tu aussi comme un slameur ?

Boudor : C'est très à la mode .mais en fait, je rappe comme je parle et parfois,
sur scène,je rap a capella. Je pense que le slam a toujours existé, surtout en Afrique avec la tradition orale.
j'en parle dans le livre que je suis en train d'écrire, « le livre des anges bleus ».
j y décris aussi mon expérience de rappeur et mes pensées. je dis,par exemple que le rap
n'est pas américain et raconte l'histoire de Farafina. A l'époque de l'esclavage, elle était enceinte d'un bébé hip hop lorsqu'elle a été embarquée sur un bateau négrier.
Elle accouchera aux Etats-Unis : le rap est d'origine Africaine et de nationalité américaine.
il est important que les africains se r appellent que tout est parti d'ici.

Propos recueillis
par
Frédéric Flausse

# Posté le mercredi 16 janvier 2008 07:21

Modifié le mardi 14 avril 2009 18:28

« Article précédent : "pohombia kamareuheu" annonce le retour o Mboa

Article suivant : Biograph'OR »